Thursday, August 16, 2012

EUROFOOT 2012: L’ESPAGNE COURONNÉE

Insatiable, aimant le ballon à la folie et distillant des milliers de passes jusqu’à soûler ses adversaires, la Roja est devenue la première équipe à gagner trois tournois majeurs à la suite. Alegría!

Les nains, les rasemottes. Enanitos! Bajitos! Voilà comment la presse espagnole, légèrement honteuse et franchement défavorable, appelait Xavi, Silva, Iniesta & Cie quand ils ont commencé à jouer en équipe nationale. Il est vrai que mesurer 170 centimètres n’impressionne guère sur les photos. Ils avaient l’air de lutins égarés dans un monde de Gulliver.

Un homme a tenu bon. L’entraîneur national Luis Aragonés, lui-même traité de crétin et de piètre tacticien par les trois quarts du pays, les a soutenus contre les vents mauvais, ne lésinant sur aucune grandiloquence pour les tenir debout. «Vous êtes les plus grands joueurs du monde!» «Vous êtes les défenseurs de la patrie!» a-t-il martelé à sa vaillante troupe de demi-portions, hérauts d’un pays qui n’avait rien gagné de solide depuis 1964, bien avant que l’homme marche sur la Lune. «Aragonés a été un pionnier», dit aujourd’hui Xavi, reconnaissant. A cette époque, le destin de cette équipe a tenu à une victoire au Danemark en octobre 2007, qualificative pour l’Eurofoot en Suisse. Les fidèles ont soudain cessé de réclamer la présence des malabars du format de Valerón ou Morientes.

LE PANZER IBÈRE

Et l’équipe s’est mise à jouer. Vivement, collectivement, en multipliant les passes jusqu’à donner le tournis à l’Europe puis au monde. On a peu à peu arrêté de les traiter de nabots et on s’est mis à compter leurs milliers de passes. La passe vue comme un dogme. La passe pour gagner et pour défendre, pour soustraire la balle à l’adversaire. Non sans contestation: à l’Eurofoot 2012, après quatre matchs et peu de buts inscrits, un début de débat sur l’ennui que ce jeu procurait s’est installé. «C’est une équipe de handball qui ne tire jamais!» se sont exclamés les plus impatients. Le petit clown triste Andrés Iniesta a juste répliqué que «toutes les opinions sont respectables mais que, quand une équipe veut attaquer et qu’elle a face à elle un adversaire qui se ferme, il est évident que le football n’est pas aussi attractif». Ainsi, lors de la finale, les passes verticales et tranchantes sont tout à coup revenues. Un défenseur comme Jordi Alba a osé s’enfoncer comme un éperon en plein coeur de la défense italienne et marquer après une course en ligne droite d’une centaine de mètres. Un panzer ibère.

En 2008, Aragonés s’efface et Del Bosque, ex-joueur légendaire du Real Madrid, débarque. Plus calme, plus précis, jamais une parole plus haute que l’autre. Le sanguin Aragonés pouvait parler des nuits entières avec ses joueurs clés – «Regarde-moi dans les yeux!» exigeait-il. Del Bosque est plus distant, mieux élevé. Le résultat est pareil, tant qu’on laisse les Espagnols jouer le jeu qu’ils aiment, ce «tiki-taka» fait

LES SEPT MAGNIFIQUES

Aujourd’hui vient l’heure des trophées, des records et du bonheur. «La tripleta», pour qualifier l’exploit achevé à Kiev: l’Espagne est la première équipe à gagner les trois compétitions majeures à la suite (Eurofoot 2008, Mondial 2010, Eurofoot 2012). Ils sont 7 caballeros à avoir disputé les trois finales: Casillas, Ramos, Xavi, Xabi Alonso, Iniesta, Fábregas et Torres. Au fil des saisons se sont ajoutés des piliers tels que Piqué, Arbeloa, Silva, Pedro, Navas et Capdevila lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud; Marchena ou Marcos Senna à l’Eurofoot 2008. Pepe Reina pour faire rire dans le vestiaire. En tout 34 joueurs utilisés en quatre ans pour écrire l’histoire. Une équipe, un bloc d’airain dont il serait faux d’extraire un nom davantage qu’un autre. Juste l’un ou l’autre symbole. Le Galicien Torres, à qui l’entraîneur garde sa confiance alors qu’il a été la risée de l’Angleterre pendant des mois. Le Navarrais Llorente, au sourire permanent alors qu’il n’a pas joué et qu’il fut peut-être le meilleur joueur d’Espagne cette saison. Le Basque Xabi Alonso embrassant ses enfants et donnant à la victoire des airs de fête de famille. Le ballon les aime tous, les statistiques s’affolent: 68,5% de possession de balle après les quatre premiers matchs; 33 des 36 matchs gagnés pour Del Bosque depuis son arrivée; les dix derniers matchs à élimination directe sans prendre un but. Mozart-Pirlo assassiné. Ces nains sont les Federer du foot.


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