Thursday, August 16, 2012

JEUX OLYMPIQUES: LE TRIPLE SAUT DE LONDRES

Après 1908 et 1948, Londres accueille une troisième fois des Jeux qui ont beaucoup changé en 104 ans: statut des femmes, coûts d’organisation, fair-play, cérémonie d’ouverture, risque terroriste...

1908, six mois d’épreuves, un suisse et peu de femmes

Londres a été désignée après le forfait de Rome, l’Italie ayant d’autres chats à fouetter depuis l’éruption du Vésuve en 1906. Les Anglais ont bâti un stade à White City (dans le quartier de Shepherd Bush) pour 44 000 livres sterling. Il peut accueillir 66 000 spectateurs et compte à la fois une piste d’athlétisme, un anneau de béton de cyclisme et une piscine.
La cérémonie d’ouverture est sommaire: pas de serment des athlètes, pas de flamme olympique, mais, pour la première fois, les sportifs défilent derrière leur drapeau. Ils sont 2008, venus de 22 nations, dont la Bohème et l’Australasie. Il n’y a qu’un Suisse et seulement 37 femmes, qui n’ont le droit de participer qu’aux épreuves de tir à l’arc, de patinage, de voile et de tennis. Le tennis se dispute à Wimbledon, tout comme le jeu de paume. Autres curiosités du programme olympique: le tir à la corde ou le tir à la carabine sur cerf courant. A Henley, domination des Britanniques en aviron, sport qui refuse toujours «les ouvriers et les artisans». Les Anglais font la loi, d’une façon générale. Les arbitres sont tous Britanniques et pas totalement impartiaux. En 1908, la réputation de fair-play des Anglais a déjà du plomb dans l’aile…

Edouard VII fixe la distance du marathon: Le roi souhaite que le marathon, d’une distance d’environ 42 km, parte depuis ses fenêtres à Windsor. On mesure le parcours jusqu’au stade olympique: 42 km 195. C’est, depuis, la distance officielle. Vainqueur titubant, dopé à la strychnine, l’Italien Dorando Pietri est déclassé pour avoir été aidé dans les derniers mètres.

1948, une suisse forte dans une europe exsangue

Du 29 juillet au 14 août, les épreuves se déroulent à Londres (qui a été préférée à Lausanne), dans un climat austère, directement issu de la terrible guerre qui vient de s’achever. Par mesure d’économie, rien n’est construit pour l’occasion; on utilise tout ce qui n’a pas été endommagé par les bombardements allemands. Les athlètes sont logés chez l’habitant ou dans des casernes. Plusieurs délégations, craignant le rationnement, viennent avec quinze jours de vivres.
L’URSS n’est pas inscrite, l’Allemagne pas invitée et le Japon n’a pas voulu venir. Ils sont 4104, venus de 59 pays, lors de la cérémonie d’ouverture, qui a gardé les bonnes idées de Berlin (le serment des athlètes et le parcours de la flamme). Pas de sport le dimanche, mais deux offices religieux, à St. Paul pour les protestants et à Westminster pour les catholiques. Les héros des Jeux sont deux mères de famille: la Néerlandaise Fanny Blankers-Koen, qui remporte quatre médailles d’or en sprint, et la Française Micheline Ostermeyer, qui gagne trois médailles et se produit comme pianiste au Royal Albert Hall le soir de sa victoire au lancer du poids. La Suisse brille avec 20 médailles dont 5 en or (gymnastique 3, dressage, tir), record de l’après-guerre!

George VI invite les athlètes à buckingham: En marge des épreuves, le roi donne un cocktail de bienvenue en son palais de Buckingham. Sont invités: les têtes couronnées d’Europe, les membres du CIO et trois athlètes par pays. Au total, «300 personnes qui eurent le grand honneur de vivre un instant aux côtés de Leurs Majestés qui, d’une façon fort démocratique, s’entretinrent aimablement avec chacun», rapporte le bulletin du CIO.

2012, un gouffre économique, un enjeu politique

Première ville à obtenir trois fois les Jeux olympiques, Londres a battu des candidatures prestigieuses (Madrid, Moscou, New York, Paris). Les organisateurs se flattent d’avoir tenu leur budget, mais il est pharaonique: 13,7 milliards de francs, qui ont servi à moderniser l’est de la ville. Tout doit être fonctionnel, utile. Le stade olympique verra ainsi sa capacité passer de 80 000 à 25 000 places.
Les épreuves olympiques (26 sports suivis par 10 millions de spectateurs) ne sont pas qu’un enjeu pour le pays hôte. Pour la première fois, le Qatar et le Brunei ont inscrit des femmes. Malgré la présence plus active des pays musulmans, les organisateurs craignent des attentats islamistes. La sécurité sera assurée par 24 000 personnes, c’est plus que les athlètes (10 000) et les journalistes (10 000) réunis.
Les grandes vedettes des Jeux devraient être les mêmes qu’à Pékin: Usain Bolt, Michael Phelps, Roger Federer. Autre attraction: le sprinteur amputé Oscar Pistorius, qui sera autorisé à concourir avec les valides. Mais le moment le plus attendu sera la cérémonie d’ouverture, l’événement le plus médiatisé et le plus suivi de la quinzaine. Véritable enjeu culturel et commercial, elle sera la vitrine des Jeux olympiques de 2012.

Elisabeth II ira voir sa petite-fille: Zara Philips (31 ans), petite-fille de la reine, participera aux épreuves de concours complet (équitation) pour la Grande-Bretagne. Sa mère, la princesse Anne, participa aux Jeux de Montréal et son père, le
capitaine Mark Philips, fut champion olympique à Munich en 1972 et médaillé d’argent à Séoul en 1988, toujours en concours complet.


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