Monday, July 15, 2013

Un Sénégalais s'entraîne à la lutte à la culotte

Un Sénégalais s'entraîne à la lutte à la culotte

Dieylani Pouye est champion de lutte dans son pays. Il vient de gagner plusieurs combats lors de la 129e Fête romande de lutte suisse dans le canton de Neuchâtel.Membre de l'Association genevoise de lutte suisse depuis 2012, il ne réalisera toutefois pas son rêve cette année: affronter le «roi» helvétique lors de la prochaine Fête fédérale, fin août, à Berthoud (BE).

Même s'il a gagné trois combats dimanche à la 129e Fête romande de lutte suisse, à Chézard-St-Martin (NE), il n'a pas été sélectionné, a indiqué lundi à l'ATS son entraîneur, Marc Haldi. «Il s'est assez bien classé, mais cela n'a pas été suffisant», a-t-il précisé.

Né il y a 26 ans à Dakar, Dieylani Pouye vient d'une famille de lutteurs. «Mon père m'a tout appris. Il a gagné beaucoup de trophées puis il est devenu marabout. Il était très fort mystiquement», raconte le jeune homme. La lutte sénégalaise est un sport national traditionnel très populaire dans ce pays d'Afrique de l'Ouest. Dieylani Pouye est professionnel depuis ses 19 ans.

Long apprentissage

Le champion découvre la lutte à la culotte en 2011, à la faveur du documentaire «Deux pays, une passion», du réalisateur Mohammed Soudani. Ce Tessinois d'adoption l'emmène pour dix jours de tournage en Suisse. «J'ai vu des combats, et ça m'a plu», dit-il sobrement.

Depuis, le Sénégalais passe une partie de l'année chez lui, où la saison dure d'octobre à juillet, et l'autre à Genève, où il s'entraîne dans la sciure avec l'Association genevoise de lutte suisse, qui dispose d'une salle à Carouge. «Il maîtrise mal la lutte au sol», relève son entraîneur. Car à la différence d'une passe de «Schwingen», un combat de «làmb» s'arrête dès qu'un des adversaires tombe.

L'amoureux de lutte suisse, 1,92 mètre pour 105 kilos de muscle, poursuit donc un long apprentissage pour acquérir tous les automatismes. Musculation, cardio, combats: il s'entraîne deux fois par jour, du lundi au vendredi. Côté mental, les tournois au Sénégal, dans des stades de 30'000 personnes, lui ont appris à gérer le stress. «Je me sens toujours tranquille. Et Marc Haldi m'aide», dit-il.

Pas de cadeau

Reste qu'être le seul lutteur noir et étranger dans un sport typiquement suisse peut susciter des réactions hostiles. «Au début, les gens croyaient que je ne savais rien, mais ils ont été surpris et m'ont même demandé des autographes. Je me donne à fond dans les combats, ils vont finir par m'accepter», estime le lutteur, qui affirme aimer le mode de vie suisse, «tranquille et respectueux».

Son entraîneur reconnaît que la lutte souffre parfois de récupération politique. «Mais ce n'est pas parce que c'est un sport traditionnel qu'on est patriote», déclare-t-il. Selon Marc Haldi, être Genevois peut aussi être considéré comme un handicap dans un sport dominé par d'autres cantons, Berne en tête: «On ne nous fait pas de cadeau au classement.»

Echanges culturels

De manière inattendue, la présence de Dieylani Pouye a ouvert ce sport à des échanges culturels. En février, quatorze membres du club genevois se sont rendus au Sénégal, où ils ont été reçus par le Ministre de la culture et se sont entraînés sur la plage. Tirant parti de sa renommée, Dieylani Pouye aimerait à terme servir d'ambassadeur entre les deux pays.

Du 30 août au 1er septembre, c'est en spectateur qu'il assistera à la Fête fédérale de lutte et des jeux alpestres, qui a lieu tous les quatre ans. A Berthoud, il sera au côté d'une délégation sénégalaise, dont son petit frère de 22 ans, lutteur lui aussi.

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